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«Ils voulaient faire de Cahors une ville qui change le monde»

«Ce sera émouvant parce qu'on sera dans la salle où la charte a été signée et parce que le docteur Sauvé a promis d'être là», glisse Michel Auvray. L'homme n'est pourtant pas du style à cultiver l'émotion. La passion, oui, la rigueur de l'historien, encore plus. Ce soir1, il donne une conférence sur Cahors Mundi, la Route sans frontières n° 1 et le mouvement des Citoyens du Monde dans le Lot. La charte dont il parle est celle de mondialisation des communes et des villes que Cahors a adoptée le 30 juillet 1949. Le docteur Sauvé, 98 ans, est un des derniers acteurs vivants de ces événements lotois.

Qu'est ce qui a amené Michel Auvray à étudier ce sujet ? «Il y a au moins trois raisons, dit-il. La première, c'est parce qu'on me l'a demandé… La deuxième raison, c'est que je ne connaissais pas mais que j'avais travaillé sur des sujets approchants». Pour un autre sujet, il avait même rencontré Garry Davis. Cet Américain a lancé le mouvement : après la guerre, il a rendu son passeport à l'ambassade pour se déclarer citoyen du monde, intéressant Camus, Sarrazac… Troisième raison : le plaisir de plonger dans les archives départementales et municipales, la bibliothèque du patrimoine, avec l'aide des employés.

Mais comment l'initiative d'un soldat américain a-t-elle abouti à Cahors Mundi ? «Il y a un ensemble de facteurs : le hasard d'abord. Dans un train Paris Toulouse, Robert Sarrazac rencontre Emile Baynac, instituteur créateur des Francs et Franches Camarades dans le Lot», raconte Michel Auvray. Emile Baynac en parle à Guy Marquis, qui connaît le docteur Louis Sauvé. L'idée fait son chemin, notamment portée par des médecins qui, véhiculés, circulent dans les campagnes. «Sous l'impulsion de Sarrazac, un groupe de Citoyens du Monde va vouloir faire de Cahors le Vizille de 1788, ce petit village qui a demandé la convocation des états généraux». En bref, «une ville qui va changer le monde». En six mois, 239 communes du Lot se disent communes du monde. Comment expliquer un tel succès ? Il y a ces réseaux qui promeuvent un mouvement généreux et apolitique. Puis certains y voient un levier pour le tourisme. Le mouvement prend de l'ampleur jusqu'à la fête des 24 et 25 juin 1950, à Cahors, avec la pose de la première borne sur la Route sans frontières, la réunion de Citoyens du Monde, la venue du Prix Nobel de la Paix…

Soixante-six ans plus tard, l'utopie a vécu. Le mot mondialisation a perdu son sens humaniste. La Route sans frontières s'est arrêtée à Figeac. L'arrivée des réfugiés entraîne des replis sur soi. «Ce qui m'inquiète ce sont les murs qui se montent partout», dit Michel Auvray. Pessimiste mais pas abattu : «Si on ne rêve pas, on ne fait rien…» cite-t-il.

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