Overblog
Editer la page Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Louis Sauvé, 1er octobre 1917-10 février 2019. Médecin hospitalier et Citoyen du Monde, Louis de Gonzague Sauvé le fut. Résolument. Car si ce natif de la région parisienne exerça d’abord la médecine générale à Gramat, il entra dès juin 1948 à l’hôpital de Cahors, l’un des deux seuls établissements hospitaliers, avec celui de Saint-Céré, à être titulaire de la médaille de la Résistance. Il y créa un département d’anesthésie-réanimation et le Centre de transfusion sanguine, l’un des tout premiers de France, ce qui lui valut dès le mois d’octobre 1948 un article élogieux dans La Dépêche du Midi. Médecin hospitalier, ce praticien issu d’une dynastie médico-chirurgicale de dix générations – comme l’indiquent ses Mémoires portant le titre de Salvando Salvatus, en sauvant sauvé –, il le demeura jusqu’en 1983, alors responsable des urgences et toujours au service des Lotois.

Ce père de huit enfants exerçant pour la plupart dans le corps médical en adopta d’autres tant il était ouvert à l’Autre. Et, à l’instar de Socrate, Érasme ou Victor Hugo, il s’affirma Citoyen du Monde. Comme eux, selon la formule du poète, il voulut « avoir pour patrie le Monde et pour nation l’Humanité ». En 1949, il s’engagea dans l’action visant à la proclamation de Cahors Mundi, du kiosque des allées Fénelon au parvis de Notre-Dame de Paris, au point de présider le Conseil de mondialisation qui accueillit le Prix Nobel de la paix John Boyd Orr.

Quelques années après le drame d’Hiroshima, en pleine guerre froide, alors que planait la menace d’un conflit atomique, il fut de ceux qui, tels Albert Einstein et Albert Camus, l’abbé Pierre et tant d’anciens résistants non communistes, agirent pour un Monde uni. Aux côtés du maire radical Jean Calvet, du socialiste Maurice Mirouse et du franc-maçon Pierre Lafargue, ce chrétien voulut faire de Cahors une ville ouverte aux autres, une ville qui change le monde.

Louis Sauvé, je ne l’ai rencontré que tardivement. Mais je viens de passer cinq ans en sa compagnie. Intellectuellement s’entend. En historien. Le livre que je viens de consacrer à l’histoire des Citoyens du Monde, donc de Cahors Mundi, qui paraîtra en février, porte une centaine de fois son nom. C’est dire si son rôle fut important, essentiel, dans la mondialisation de notre ville et de 239 communes du Lot.

Toute sa vie, Louis Sauvé restera fidèle à cet idéal. C’est à juste titre que, lors de son décès, en février dernier, sa famille tint à rappeler sa qualité de Citoyen du Monde, tant dans la presse qu’à l’église Saint-Barthélémy. Il est légitime que son nom soit inscrit, ici, dans l’espace public, pour honorer sa mémoire. Il y a quatre ans déjà, j’avais évoqué cette possibilité avec Bernard Delpech, qui est très sensibilisé à cette histoire. Aujourd’hui, je remercie vraiment, très sincèrement, Jean-Marc Vayssouze-Faure d’avoir accepté, sans hésitation aucune, trois jours après le décès de Louis, ma proposition renouvelée. Celles et ceux qui ont eu l’honneur d’être reçus ces dernières années dans le cabinet de M. le Maire le savent. Une photo de Jean Dieuzaide orne l’un de ses murs : elle montre Louis Sauvé serrant la main de villageois près d’une borne de cette Route symbolique qui se voulait mondiale et sans frontières. C’était le 24 juin 1950, il y aura soixante-dix ans l’an prochain. Et je ne doute pas que nous aurons à cœur de célébrer dignement cet anniversaire pour réaffirmer certaines valeurs essentielles par trop bafouées.

La dénomination ayant été adoptée à l’unanimité lors du conseil municipal du 17 septembre dernier, sa famille et ses amis peuvent être fiers de cet hommage. Ici, tout près de ce pont emblématique de notre cité où fut ouverte cette Route symbolisant la solidarité entre les villes du monde, de New York à Moscou, de New Delhi à Koenigswinter, comme l’indiquent ses bornes. Ici où, par milliers, des Cadurciens assistèrent à cet événement, ravis par un son et lumière aux accents d’une symphonie de Beethoven qu’avait choisie ce mélomane. Ici où, depuis le 24 mai dernier, une nouvelle borne rappelle les liens qui nous unissent aux autres, par-delà les frontières.

Cette belle promenade aurait eu ses faveurs, lui qui aimait tant marcher au bord du Lot et sur les sentiers du Quercy. D’autant qu’elle est non loin du pont Stéphane-Hessel, ce diplomate né comme lui en octobre 1917 et Citoyen du Monde qui appelait à s’indigner face aux justices. Qu’elle est proche de la rue et plus encore de l’avenue portant le nom d’André Breton, le poète qui, venu aux Journées des mondialisations, fut charmé par le site de Saint-Cirq-Lapopie au point de cesser de se désirer ailleurs.

Sur le Citoyen du Monde Louis Sauvé, son rôle déterminant, l’historien a beaucoup à dire. Mais ce n’est pas le moment d’être prolixe. J’aurai maintes occasions, l’an prochain, de lui rendre hommage. L’engagement de Louis Sauvé fut tel, sa fidélité à cet idéal si constante que c’est avec des propos qu’il donna en 2000 à une journaliste d’un hebdomadaire lotois, que j’ai choisi de conclure mon livre sur l’histoire des Citoyens du Monde. Ce témoignage, permettez-moi de vous le faire partager :

« Nous avons lancé, disait-il, un cri devant l’incapacité totale des gouvernements à gérer la planète. […] Notre combat était celui de la guerre à la guerre. Nous étions passionnés. […] Aujourd’hui, le terme de mondialisation, que nous avons créé, représente exactement le contraire de ce que nous lancions à l’époque. Pour nous, le mondialisme, c’était un ordre mondial nouveau qui ne soit pas imposé par les plus riches, mais organisé par les voies démocratiques. Ce qui était évidemment très vague, voire complètement farfelu. Mais si on ne rêve pas, on ne fait rien… », concluait-il.

Vingt ans plus tard, la mondialisation, la globalisation plutôt, est plus encore celle des marchés financiers, de la marchandisation, de la concurrence déloyale entre salariés, de l’exclusion sociale. Bref, la guerre de tous contre tous. La montée des nationalismes et des crispations identitaires, l’incapacité des États européens à donner asile aux réfugiés et migrants qui fuient la guerre et la misère, prennent maintenant des allures de cauchemar. Comment, alors, ne pas rendre hommage à cet humaniste qui sut initier et faire vivre ce beau rêve collectif de fraternité universelle ? Puisse le nom de cette promenade nous rappeler désormais à nos responsabilités.

Michel Auvray

Partager cette page
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :